Les Soirées du Clocher
Les castrats : l’ambiguïté vocale
Mardi 18 mars 2008
Chantal accueille une voix étonnante : Billy de Albuquerque dans le répertoire des castrats, accompagné au piano par Jorris Sauquet organiste titulaire des grandes orgues de N-D du Rosaire à Paris

La saison musicale bat son plein et en cette soirée de fin d'hiver, les spectateurs sont en liesse : Farinelli a entrepris de se mesurer vocalement avec un trompettiste allemand, dans un air composé par son frère, Ricardo Broschi ! Nous sommes à Rome en 1722, le musicologue anglais Charles Burney rapporte : « Après avoir séparément amplifié un son, chacun montrant la puissance de ses poumons et cherchant à dépasser l'autre en brillance et en force, ils avaient à exécuter ensemble un crescendo et un trille en tierces, qui était tenu si longtemps qu'ils semblaient tous deux épuisés. Le trompettiste à bout de souffle s'arrêta, pensant que son adversaire était aussi fatigué que lui. lorsque Farinelli, avec un sourire montrant qu'il s'était seulement amusé avec lui tout ce temps, repartit tout d'un coup dans le même souffle avec une vigueur renouvelée et non seulement enfla et trilla la note, mais exécuta les divisions les plus rapides et difficiles, et ne fut interrompu que par les acclamations ! ». Farinelli interprétait : « son qual nave ch'agitata ».
Cet air virtuose, écrit pour mettre en valeur le registre aigu et la tessiture particulièrement étendue des castrats, révélant le timbre incomparable de Farinelli, la souplesse et l'agilité de sa voix, son importante capacité thoracique, cet air est le fameux aria du film : « Farinelli, il castrato » réalisé en 1994 par Gérard Corbiau, pour lequel furent associées, à l'aide de techniques informatiques sophistiquées développées à l' IRCAM, les voix d'un contralto et d'une soprano colorature . C'est aussi, un des grands airs inscrit au répertoire de Billy de Albuquerque.
Descendant d'une grande famille de conquistadors, Billy de Albuquerque est brésilien. Jeune homme, alors qu'il achève des études supérieures d'Histoire et qu'il se passionne pour la musique, il découvre la particularité de sa voix provenant d'un trouble du larynx et entreprend de s'adonner au chant lyrique. Menant de front l'Histoire et le chant, sa passion le conduit en Europe, tout d'abord en Allemagne où il s'exerce au chant wagnérien, puis en France où il reprend des études à la Sorbonne, obtient maîtrise puis DEA en Histoire du comportement, tout en continuant de travailler sa voix. Sa tessiture singulière l'amène à étudier le répertoire de l'opéra baroque italien avec divers professeurs dont notamment : Sylvie Demay et Philippe Degaetz, s'inscrivant ainsi dans l'habitude d'interpréter aussi bien des rôles masculins que féminins, comme le faisaient les castrats et les chanteuses de l'époque baroque italienne.
Soyez comme ces amateurs de l'opéra seria italien :
enthousiasmés par l'amplitude de sa voix de haute-contre,
ébahis par ses acrobaties vocales enchaînant trilles et cascades dans les arie da capo !
Mardi 18 mars
Dîner et récital à 20 heures
Le piano est prêté par l'Association LSF, Langues sans Frontière
Participation au repas* : 30 €. Réservez votre table au plus vite ! |